Internet, un support attrayant 3.

I- Internet, un support attrayant

3) Un public impliqué

 

Introduction

Internet est un espace d’expression nouveau dans le monde politique, à la fois utilisé par les citoyens et par les partis ou fédérations, destiné à offrir une nouvelle vision de la politique auprès des internautes en leur permettant de réagir à toutes informations en ligne. Ainsi, Il s’agit pour les formations politiques d’étendre au maximum leur présence sur la toile de façon novatrice, grâce à un panel de dispositifs comme les sites les blogs, les forums etc., que nous étudierons dans un second temps.

 « Après les armes et les urnes, à vos souris citoyens ! » titrait l’Express en 2006. En effet, en  prenant la parole grâce au Net et en défendant leurs opinions, les électeurs ont l’impression de prendre l’ascendant sur leurs élus. Ainsi, ce sont toutes les règles du jeu politique qui vacillent.

Le succès de l’interactivité d’Internet provient tout d’abord du contexte actuel  de défiance généralisée à l’égard des trois pôles producteurs traditionnels d’information : politique, journalisme et publicité, comme le souligne Carine Delrieu, sociologue chez MediaEdge, pour qui le Net ouvre, face à ce trio institutionnel, « un espace parallèle, un lieu de déchiffrement de l’information officielle » de la part des cybers citoyens.

C’est pourquoi les candidats à l'élection présidentielle (notamment) et leur équipe de campagne ont pris le phénomène « Internet » très au sérieux dans leur approche de la campagne et leur volonté de constituer plus qu'un simple site de référence, une véritable communauté en ligne autour de leur candidat. On parle alors de Net politique. Les médias ont d'ailleurs très largement incité leurs audiences à participer à la couverture de la campagne présidentielle avec eux, en envoyant des contenus amateurs, en invitant les lecteurs à commenter l'actualité ou encore en ouvrant leur antenne aux questions filmées. Aujourd’hui les citoyens eux-mêmes ont pris conscience de leur nouveau rôle en participant à des médias citoyens, en postant de nombreuses vidéos capturées ou créées,  en s’exprimant de plus en plus par différents moyens numériques et en participant à l'élaboration des programmes des candidats

Une du Monde 2006, décrivant l'arrivée d'Internet dans la démocratie  

En effet, différentes techniques de communications prolifèrent sur l’Internet, on parle alors de marketing virtuel pour les blogs, podcast et autres clip vidéo. Les dirigeants politiques, en utilisant les outils personnalisés, comme le blog et le podcast, veulent assurer une marque de proximité avec leurs cybers citoyens, voire même de la complicité. En s'exprimant en toute liberté au jour le jour (et bien que dans la plupart des cas ce sont leur conseillers qui tiennent les blogs), les dirigeants peuvent mettre en avant leur caractère réactif et peuvent prendre position sur un grand nombre de questions en temps réel. De plus, si celui-ci n'a pas accès aux médias plus institutionnels comme la télévision, les blogs et les podcast permettent à tous citoyens de réagir aussi vite qu'un journal en ligne ou une agence de presse, ce qui élargit considérablement le champ de réponse des hommes politiques aux questions d'intérêt public.

Ainsi, pour mieux apprécier et comprendre l’intérêt d’Internet dans la vie politique, plus particulièrement ici dans la campagne de communication du candidat et par quels procédés les citoyens sont sollicités, prenons l’exemple du site de Nicolas Sarkosy (http://www.sarkosy.fr). Dans ce cas précis, l'internaute est inclus dans un « nous » qui l'associe directement au candidat dans une expérience commune. L'UMP use de l'impératif à la première personne du pluriel pour désigner, à la fois les membres du parti et les visiteurs : « Ensemble, tout devient possible», il incite l'internaute à se joindre à l'action de l'UMP. Selon les politologues, « par cette utilisation de l'impératif, le citoyen devient d'office, membre d'une communauté politique ».

De plus, d’un point de vue plus général les sites de partis politiques arborent des espaces publics de discussion, où chaque citoyen peut librement s'exprimer, poser des questions ou y répondre : ce sont les forums. Le site de Nicolas Sarkozy présente ce type d'espace destiné à favoriser la libre expression des idées, des propositions et d'animer le débat politique. Les forums sont donc des espaces favorables à la participation des « citoyens-internautes », qui n'hésitent pas à investir ces terrains numériques mis à leur disposition.

Le sondage est une technique également proposée en ligne. Dans ce type de participation des citoyens, les choix de la question et des propositions de réponses restent imposés par le parti politique. En revanche l'internaute peut librement exprimer ses préférences et faire part de son opinion sur tel ou tel sujet. La logique des pétitions sur ces sites offre aussi la possibilité d'exprimer un avis sur une question précise, en l'occurrence un avis critique. Dans les deux cas, ces pratiques aident à la formulation d'un projet ou d'un idéal politique.

Dans leur nouvelle conquête du pouvoir, les internautes se paient le luxe de participer à la mise en page: comme sur Digg.com, où les lecteurs choisissent eux-mêmes ce qui doit être en Une du site. Ce n'est pas tout: l'utilisateur convoque désormais le présentateur du JT quand il le veut et où il le veut, sur son téléphone portable. Il va ensuite commenter, sinon contester, ses informations, via ses propres observations.  Par ailleurs, on retiendra également les propos de Ségolène Royal sur les enseignants et les 35 heures, pendant une rencontre à Angers, une séquence qui fut téléchargée 1 million de fois en une semaine sur Dailymotion.com, une plate-forme gratuite d'échange de vidéos             

L’internaute citoyen n’est ni de droite ni de gauche, ni riche, ni pauvre : il est jeune. C’est ce qui ressort d’un sondage TNS-Sofres réalisé les 4 et 5 Octobre 2005 auprès de 1000 personnes de 18 ans et plus. A la question «  par quels moyens êtes-vous informé sur les idées et les programmes des différents candidats à l’élection présidentielle ? », les 25-34 ans sont les plus nombreux (28%) à répondre en citant Internet, suivis de peu (26%) par leurs cadets, les 15-24 ans. Au delà, les classes d’âge décrochent (16% pour les 35-49 ans, 11% pour les 50-64 ans et enfin 5% après 65 ans). Ainsi, 16% des Français déclarent pratiquer la  Net  politique régulièrement. Ramené au 42 millions d’électeurs, même en minorant la réponse du sondage, cela fait tout de même 1 million de Français environ, qui utilisent l’Internet comme source principale d’information politique. Désormais les partis ne peuvent plus ignorer ce nouveau média, qui chaque jour touche un peu plus adeptes, tous des citoyens et donc des électeurs potentiels

Il apparait alors une nouvelle fois combien Internet est en train de devenir le premier moyen de communiquer et à quel point la rapidité de la diffusion et le nombre de personnes touchées, sont extraordinaires. D’autres exemples contribuent à constater l’ascension fulgurante d’Internet et des nombreux progrès techniques qui l’entourent. Mais cela met d’autre part en lumière de nouvelles dérives quant à la désinformation et l’illusion d’une nouvelle démocratie. « Le risque est que les élus, dans le contrôle permanent de leur discours, et de leur image, versent dans le calcul et le politiquement correct», s'inquiète Guillaume Bachelay, conseiller de Laurent Fabius. En effet sur MonPuteaux.com, Christophe Grébert, un citoyen actif filme les conseils municipaux, épluche le discours de chaque candidat et vérifie la mise en place d'un autobus pour handicapés comme celle d'un système de ramassage d'ordures adéquat. Certes, le phénomène s'inscrit pleinement dans la critique actuelle de toute médiation, celle des élus comme celle des journalistes, mais le politologue Dominique Reynié met en garde: «Une promesse de participation directe des individus fait naître un sentiment de progrès démocratique qui peut se transformer en énorme déception: si tout le monde parle, le risque est que personne n'écoute.» Les hommes politiques eux-mêmes entretiennent l'illusion. «Ils sont un peu démagogues de découvrir naïvement l'expression des citoyens », relève Dominique Wolton. Ce devrait être leur métier d'être à l'écoute. Pourquoi le seraient-ils davantage sur le Net?» Le chercheur du CNRS prévient à son tour: «Internet n'est pas à lui seul une nouvelle démocratie. Ce n'est pas parce que tout le monde peut dire ce qu'il pense que c'est un progrès. Ce n'est pas la Vérité... et les risques de manipulation sont encore plus grands.» Apparaissent alors de nouveaux problèmes liés à une trop grande liberté d’expression sur le Net des citoyens et un manque de contrôles des politiques. C'est justement cette notion de vérité unique qu'Internet balaie violemment. En effet, ce pouvoir-là ne prétend pas la détenir, mais d'abord la remettre en question.

Conclusion

En ce sens la Net politique n'est pas la simple transposition de la politique traditionnelle sur un média neutre et inerte ; la Net politique emprunte des canaux qui ouvrent de nouvelles perspectives à l'information, à la mobilisation, à l'engagement, à la participation politique et à l'action civique. Ce mode de communication inédit s’affranchit des médias dits de « masse » pour accéder à l’espace public. On peut alors parler de stratégie, qui rassemble et combine les outils techniques les plus aptes à répondre aux attentes des citoyens connectés. La sphère politique dispose de ce média particulier qui malgré plusieurs failles inédites, permet d'informer, de se renseigner, d'échanger des idées, de dialoguer, et ce faisant, d'impulser un renouveau là où la démocratie semblait manquer de souffle. Bruno Salgues précise à ce sujet que « lors des dernières campagnes présidentielles, législatives et plus avant municipales, l'outil Internet a pris une place considérable dans leurs déroulés ; nous incitant à nous interroger sur sa place dans le monde politique. Internet s'impose dans les campagnes électorales, génère des nouvelles relations entre les élus et les électeurs...l'Internet sera-t-il le vecteur d'une autre forme de communication avec nos concitoyens ? ». C'est là peut être toute la modernisation de la vie politique : entretenir une nouvelle façon de communiquer, entre gouvernants et gouvernés.

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