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Les stratégies des partis politiques 1.

 

III- Les stratégies des partis politiques

        1. Internet : un outil de marketing

 

Les politiques ont bien compris le nouveau rôle d’Internet dans la vie politique : il s’agit d’un véritable outil de communication qui laisse également une place importante au marketing, puisqu’il permet aux partis de diffuser leurs idées par le biais de produits dérivés, en vente sur les boutiques on line, ou e-boutiques ! Depuis peu, ils développent les objets siglés, à l’effigie de leurs partis, afin que les militants puissent les exposer où qu’ils soient et montrer leur soutien et puisse faire leur publicité. « Cependant, il ne s'agit pas seulement de promouvoir le lancement d'un nouveau produit à des consommateurs toujours en attente d'innovations, mais bien de vendre les idées d'un acteur politique à des citoyens chez qui il faudra faire naître une conviction, et a fortiori, une intention de vote. »

 Tongs UMP

En matière de marketing politique, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal se distinguent et semblent être des précurseurs dans la classe politique française.  L’UMP, par exemple, a développé son e-boutique qui lui permet de vendre des produits, avec son logo imprimé, afin d’offrir à ses adhérents la possibilité de souligner leur soutien: ainsi, la vente de crayons, de shorts, de sacs, de cahiers, et même de tongs, rapporte énormément d’argent au parti, et lui permet de promouvoir son image auprès des populations consommatrices. Il diffuse par là-même ses idées et montrer sa présence sur le « marché » commercial. Ainsi, la politique prend une nouvelle dimension jusque là inexplorée en France : les partis deviennent de véritables « entreprises » qui font fabriquer spécialement pour leur image des accessoires et produits dérivés.

De même, le Parti Socialiste a créé sa propre « boutique », où il propose cadeaux, objets de loisir, accessoires spéciaux pour les militants et les congressistes, comme par exemple des T-shirts, des Pin’s, des cravates, des drapeaux, des conférenciers, des sacoches, etc. Système paradoxal, puisque le socialisme dénonce le système capitaliste et les sociétés accros à la consommation de masse, et développe dans le même temps un programme de vente et de diffusion de produits dérivés. Apparaiss ent alors de fortes contradictions entre « dire » et « faire », entre l’apparence et la réalité des faits. Le parti de Martine Aubry et de Ségolène Royal a également lancé un système de commande par Internet, qui permet aux internautes d’accéder aux accessoires estampillés Parti Socialiste, même en province. Ainsi qu’ils le proclament sur le site : « Evolutive et réactive, la boutique vous propose régulièrement de nouveaux produits et sait aussi répondre à vos demandes spécifiques. ». Ce slogan montre aux militants la performance de leur parti et la qualité des services.

 

 D’autre part, les partis politiques multiplient les offres d’adhésion à leur organisation. Moyennant une « somme d’adhésion », ils offrent la possibilité aux internautes de rejoindre le groupe afin de soutenir ses actions aux niveaux départemental, régional et national. Ces offres d’adhésion apparaissent régulièrement sur les pages Web des sites, ce qui montre la volonté des politiques d’attirer toujours plus de militants afin de les soutenir dans leur quête du pouvoir. Claude Malhuret, le secrétaire national de l’UMP chargé de la coordination de la stratégie Web, le reconnaît : « Les campagnes de marketing sur Internet nous permettent de recruter des adhérents qui ne viendraient pas jusqu'à nous ». Internet serait-il alors un nouveau moyen d’attirer des militants de façon détournée ? En effet, le nombre d’adhésions à l’UMP réalisées en ligne a triplé entre 2005 et 2006, ce qui prouve  l’efficacité de cette campagne on line. Carte d'adhérent du PS

Ainsi, le PS propose à ses nouveaux adhérents une carte attestant de leur appartenance au groupe, sur laquelle figure également le logo du parti. Il offre également la possibilité de militer à ses côtés, de le contacter, … Autant de stratégies visant à attirer un maximum d’adhérents et à augmenter ses recettes, pour faire vivre le parti. Cependant, le recours à Internet n’a pas été très bien accepté du côté des socialistes, puisqu’il remettait en question l’« esprit militant traditionnel ». Jean-Luc Mélenchon, sénateur de l’Essonne, qualifiait le prix d’adhésion au PS de « socialisme au rabais ». Cependant, l’ancien ministre de la Culture et de l’Education socialiste, Jack Lang, affirme que « Ceux qui était réticents se rallient », et que « ce qui était ressenti comme une inquiétude est perçu aujourd'hui comme un élément positif ». Selon lui, le Parti Socialiste comptabilisait en 2006 entre 250 et 300 adhésions par jour sur le site, et avait dépassé la barre des 85 000 nouveaux membres. 

De même, l’UMP propose régulièrement aux internautes de rejoindre le groupe des militants afin de le soutenir dans ses idées et ses réformes. Récemment, la mise en ligne du clip des jeunes de l’UMP témoigne de cette volonté des politiques d’attirer le maximum de nouveaux partisans, et crée un véritable buzz sur internet. Les campagnes d’e-marketing, qui correspondent à une nouvelle technique d’approche des internautes par l’étude des demandes et des besoins des populations, semblent également permettre aux partis de gagner de nouveaux membres : « J'estime entre 6.000 et 9.000 le nombre d'adhésions supplémentaires que nous ont réellement apporté nos campagnes de e-marketing depuis septembre 2005. »

Enfin, les politiques multiplient également les offres de dons. Les internautes et les militants peuvent facilement faire des donations à leur parti, afin d’aider celui-ci à financer ses programmes, ses actions, c’est-à-dire à faire vivre le parti par l’argent des cybernautes et des adhérents soutenant leur parti. En effet, si « la démocratie n’a pas de prix, elle a un coût », résume la célèbre maxime.

Les partis politiques cherchent donc largement à attirer les foules et à se financer par le biais des boutiques en lignes, des adhésions et des dons des internautes, ce qui tend à les transformer progressivement en petites « entreprises » montant leur activité commerciale. Reste qu’il ne faudrait pas que ce business lucratif ne se fasse pas au détriment des autres actions politiques et ne prenne le pas sur l’actualité. Il ne faut en effet pas oublier que les produits dérivés sont accessoires et non pas emblématiques d’un parti, et qu’il ne faut pas qu’ils masquent l’importance des débats politiques, des actions, etc.  

 

Conclusion :

La question de la communication politique constitue, dans un contexte démocratique, une question centrale tant sa spécificité est particulière. En effet, le marketing politique répond à une nouvelle préoccupation des politiques et nécessite une démarche stratégique structurée: à l'image du marketing commercial, la communication politique est le résultat d'un véritable travail de fond, allant de l'étude quantitative et qualitative des données ayant une forte influence sur l'électorat, notamment en période de campagne. La simplicité de la communication politique à ses débuts s'est transformée en un outil complexe, au vu de la richesse matérielle dont dispose les hommes politiques. Toutefois, il est nécessaire de nuancer l’efficacité de ces nouveaux outils sur les populations : il ne faut pas oublier que le vote reste avant tout une question de conviction et une décision que seul le citoyen peut exprimer, indépendamment de toute influence commerciale. Quoi qu’il en soit, Internet reste un vecteur important de la communication politique, et un outil que les partis se gardent bien de négliger, y compris dans l’après-2007, comme le fait remarquer Jack Lang : « Internet jouera un rôle fondamental y compris en période post-électorale. » Car, s’il s’agit d’un outil crucial dans la course au pouvoir, et si la « Toile » constitue « un moyen de se rapprocher de la base et de favoriser la participation de tous au débat », il ne faut pas oublier qu’elle oblige également à reconsidérer certaines composantes de la vie politique et à « imaginer de nouvelles formes d'action et de réunion ».

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