Les stratégies des partis politiques 3.

III- Les stratégies politiques d’Internet

3) La propagande ?

Introduction                  La Guerre du Net, ou comment les rivalités s'expriment aussi sur la toile

De par la grande influence d’Internet depuis ces dernières années et des nouveaux rapports entre électorat et élus dans la communication politique, il est légitime de s’interroger sur les moyens mis en œuvres par les différents hommes politiques, pour paraître les plus aptes à se faire élire. Si Internet apparait comme un lieu de communication nouveau et interactif, ce réseau n’en reste pas moins le lieu de toutes les critiques ou satires politiques, où se superposent caricatures, vidéos truquées ou encore discours tronqués… Tous les moyens seraient-ils bons pour casser l’image de ses adversaires ? Il semblerait en tout cas, que la frontière entre respect de la déontologie et immoralité soit parfois mince.

Si cela paraissait impensable il y a encore une dizaine d'années, cette omniprésence sur le net est devenue peu à peu un gage de modernisme et de popularité pour les candidats, certains n'hésitant pas à y consacrer d'importants moyens humains et financiers, avec des équipes pouvant atteindre 6 permanents et des budgets qui s'élèvent jusqu'à 100 000 euros par mois. Aucune des grandes formations politiques n'est absente de la Toile. Un an avant le scrutin présidentiel, par exemple, les partis politiques avaient commencé à se lancer sur le web : pour les partis de taille importante c'est un moyen de diffuser leurs idées, pour les partis de taille plus modeste, qui se plaignent souvent d'une faible couverture médiatique, ils en profitent pour relayer eux-mêmes leurs informations. Le phénomène est d'ailleurs fortement médiatisé : selon un sondage CSA réalisé pour Radio France, 59% des personnes interrogées (dont 67% des internautes) savent que certaines personnalités politiques ont créé leur blog. Si le développement de la politique sur le web n'en est qu'à ses débuts (83% des Français s'informent en priorité via la télévision), Internet est donc déjà devenu un vecteur d'idées politiques et un nouvel espace de débat démocratique dans l'esprit des électeurs... Mais sans barrières, le web peut facilement accentuer les dérives de la vie politique au lieu de l'enrichir, en particulier lorsque le débat électoral déchaîne les passions. La liberté de communication apparait comme l’une des attentes et l’un des enjeux  importants des partis et des citoyens.

En effet, la communication politique sur Internet passe en France, comme ailleurs, par deux modalités : une première communication, officielle, émanant des partis ou des candidats eux-mêmes, respecte à la fois la loi et les règles qui vont de soit, de respect et de bienséance d'usage dans le milieu politique ; mais il existe également une autre communication, qui peut être nettement plus agressive, et utiliser des moyens d'attaque parfaitement illégaux des adversaires politiques, ce qui est alors plutôt le fait de militants motivés ou de sphères de e-militants . Internet est donc à la fois un outil de dialogue et une arme de combat au service du politique. 

  

Ayant pris conscience de ce champ de bataille inédit, les hommes politiques vont maintenant chercher les citoyens là où ils se trouvent. C'est une première modification essentielle du rapport entre élus et électeurs: Internet est devenu l'outil principal d'accession à la politique. Le PS et l'UMP ont tous deux recruté des milliers de nouveaux militants par ce biais et ceux sont donc immédiatement inscrits dans une nouvelle stratégie de marketing. Ségolène Royal, qui reçoit chaque jour un rapport de synthèse des propos tenus par les internautes, illustre cette nouvelle donne. Son site, Desirsdavenir.org, a probablement contribué à sa percée électorale. On remarque également que L'UMP se sert de ce nouvel outil de marketing, par la technique du porte-à-porte électronique: le parti envoie des dizaines de milliers de mails après chaque intervention importante de Nicolas Sarkozy. La bataille se joue parallèlement pour obtenir le premier rang sur la blogosphère. Pour le moment, si l'on en croit la Blogopole, un classement de popularité en ligne établi par de jeunes passionnés du site Observatoirepresidentielle.fr, le PS est en tête du nombre de références. «Internet n'est pas pour nous une stratégie; c'est une conception de la politique, devenue l'affaire des citoyens», précise Frédéric Lefebvre-Naré, conseiller auprès de François Bayrou. Grâce à Dailymotion, les discours du candidat centriste ont été beaucoup plus consultés que lorsqu'ils étaient diffusés sur le site officiel du parti. Les autres candidats profitent de l'appel d'air. Le 10 octobre, Jean-Marie et Marine Le Pen ont réuni au siège du FN une trentaine de webmasters idéologiquement proches pour se coordonner pour la campagne. Philippe de Villiers a été, grâce au Net, le premier à lancer une pétition pour défendre Robert Redeker, le professeur de philosophie menacé de mort après ses propos sur l'islam. Dominique Voynet multiplie vidéos, chats et cafés Internet pour «toucher un maximum de gens avec un minimum de frais». Une campagne présidentielle sans boules puantes, cela ne s'est jamais vu. En 2007, c'est par le Net qu'elles seront lancées. Le conseiller de la candidate socialiste note « Une intox ne peut pas tenir sur le long terme. La vidéo de Ségolène Royal sur les professeurs a été diffusée alors qu'elle était tronquée. Nous avons immédiatement pu mettre une autre version en ligne.» Les politiques étaient habitués à tout contrôler, ils perdent aujourd'hui la maîtrise des événements, jusqu'à celle du calendrier.

En investissant le Web, les partis tentent de revaloriser leur image et cherchent à capter un public qui tendait à leur échapper. L'Internet leur ouvre de nouvelles voies de communication et revitalise un débat politique souvent verrouillé ou formaté. L'Internet se propage en même temps que se produit une mutation du militantisme, mieux encore, l'Internet accompagne et soutient ce changement. Il y a peu de temps encore, les équipes dédiées aux sites de partis adoptaient la technique du « show-room » pour mettre en ligne des produits de communication qui existaient déjà. De leur côté, sans consignes particulières, les militants et sympathisants inondaient la toile de messages politiques spontanés. A partir du moment où l'Internet est devenu un objet de mobilisation politique, au tournant des années 2000, les partis ont voulu contrôler l'expression et investir l'espace pour l'occuper. Aujourd'hui, il semblerait que ce ne soit  plus le militant qui s'exprime directement,  mais plutôt le parti qui lui demande d'observer blogs et forums, et c'est aussi le parti qui codifie l'utilisation du message politique qu’ils veulent transmettre.

                                                                      Lipdub de L'UMP : buzz politique sur Internet en 2009.

Conclusion                                                              

Sites des partis politiques, des candidats, de simples militants, de citoyens, de médias, l'Internet est devenu un outil incontournable de la communication et de la propagande politiques. Par ce biais les campagnes politiques ont trouvé un nouvel outil de propagande, qui a en plus l'avantage d'atteindre les jeunes générations moins concernées par les médias traditionnels. On peut parler d’une opportunité de modernisation de la vie civique, le simple citoyen devenant acteur à part entière de débats dont il se sentait jusque là exclu. Comme le souligne Bernard Benhamou : « l'Internet apparaît comme un prodigieux outil de diffusion d'informations qui peut aider les internautes à devenir ces citoyens éclairés qu'une démocratie vivante suppose. Il peut aussi stimuler l'implication des citoyens dans des actions collectives destinées à faire entendre leur revendications, accompagnant la mutation culturelle des formes de militantisme que l'on constate aujourd'hui ». Les politiques commentent l'actualité, sur leurs blogs, leurs sites, les forums…expliquent leurs prises de position qui sont relayées dans les revues de presse ; et permettent l'adhésion d’un simple clic. Cette évolution en dérange plus d’un, et déroge à la communication politique traditionnelle, mais il est aussi certain que ces nouvelles pratiques témoignent d'un renouveau de la vie citoyenne et d’une nouvelle opportunité pour associer le plus grand nombre au débat public.

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